Le 5ème Plan Santé au Travail (PST5), publié en juin 2026 pour la période 2026-2030, envoie un signal clair aux employeurs : la prévention n’est plus une option. C’est le titre même du dossier de presse du Ministre du Travail. Et derrière cette formule, il y a des engagements concrets, des indicateurs mesurables et des implications directes pour votre organisation.
Les chiffres du bilan sont sans équivoque. En 2024, on dénombrait encore 824 accidents du travail mortels. Le nombre d’arrêts de travail a augmenté de 10 % entre 2019 et 2024, pour atteindre 9,1 millions d’arrêts indemnisés. Et pendant que la sinistralité globale baisse, le nombre d’accidents du travail des femmes augmente de façon continue +26 % entre 2000 et 2023.
Ces données ne sont pas que des statistiques. Elles disent quelque chose sur l’état réel des organisations françaises et sur l’urgence d’agir autrement.
Le Ministre du Travail a défini cinq priorités autour desquelles s’articule tout le plan :
Au-delà des orientations stratégiques, le PST5 articule 8 engagements clés qui traduisent ces priorités en actions attendues des entreprises.
Engagement n°1 -Accidents graves et mortels
Les branches volontaires à fort enjeu de sinistralité seront accompagnées. Des outils seront déployés pour mieux prévenir les malaises mortels au travail, qui représentent près de 59 % des accidents mortels dans le régime général. Pour les dirigeants et DRH, cela signifie concrètement : formation de sauveteurs-secouristes, évaluation des risques à l’origine des malaises, meilleure organisation du travail et gestion des pauses.
Engagement n°2 –Absentéisme et prévention primaire
Le PST5 renforce la prévention des absences en ciblant directement les conditions de travail et les pratiques managériales. Il encouragera la formation des managers sur les enjeux de santé au travail et la promotion d’espaces de discussion permettant aux salariés de s’exprimer sur leurs conditions de travail. C’est un signal fort : l’absentéisme n’est plus traité comme un problème RH individuel, mais comme un symptôme organisationnel collectif.
Engagement n°3 -Jeunes et nouveaux arrivants
Plus de la moitié des décès au travail de moins de 25 ans survient dans la première année de prise de poste. Le plan prévoit des procédures d’intégration spécifiques, une culture de prévention ancrée dès la formation, et une mobilisation renforcée des managers en charge de l’accueil.
Engagement n°4 -RPS et santé mentale
C’est l’engagement le plus directement lié à mon activité de consultante. Le plan prévoit la construction d’une offre de prévention RPS commune, accessible aux TPE-PME, la formation de salariés au secourisme en santé mentale, et la promotion d’une charte pour la santé mentale au travail. Le nombre de reconnaissances de troubles psychiques comme maladies professionnelles augmente et le cadre réglementaire suit.
Engagement n°5 -Santé des femmes
Évaluation des risques différenciée selon le sexe, adaptation des EPI, accompagnement sur la grossesse, l’endométriose, la ménopause, et prévention des violences sexuelles et sexistes au travail (VSST). Des sujets qui quittent enfin le registre du tabou pour entrer dans celui des obligations de prévention.
Engagement n°6 -IA et changement climatique
Un observatoire « IA et Travail » sera créé pour mesurer l’impact de l’intelligence artificielle sur les conditions de travail. Les risques liés aux chaleurs extrêmes seront intégrés dans l’évaluation des risques et dans la conception des EPI. Pour les employeurs, anticiper ces risques émergents dans le DUERP devient incontournable.
Engagement n°7 -DUERP et évaluation des risques
Le DUERP reste la pierre angulaire de toute démarche de prévention. Le plan prévoit de nouveaux outils d’aide à l’évaluation, centralisés sur le portail de l’Assurance maladie-Risques professionnels, et un renforcement de l’accompagnement des SPST auprès des entreprises. Rappelons que l’absence ou le défaut de mise à jour du DUERP expose désormais l’employeur à une amende administrative pouvant atteindre 4 000 € par salarié concerné.
Engagement n°8 -Désinsertion et usure professionnelle
Le maintien en emploi devient un objectif explicite. Le fonds FIPU, doté d’un milliard d’euros jusqu’en 2027, accompagne les investissements en faveur de la prévention des risques ergonomiques. Un indice de repérage de la désinsertion professionnelle (IRDP) sera défini pour permettre une détection précoce.
Le PST5 n’est pas directement contraignant au sens réglementaire strict. Mais il oriente très clairement les priorités de contrôle de l’inspection du travail, les évolutions législatives à venir, et les attentes croissantes des salariés et des partenaires sociaux.
Ce plan dit aux organisations ce qu’elles doivent anticiper : une évaluation des risques qui intègre réellement les RPS, la santé mentale, les nouveaux risques climatiques et numériques. Des managers formés, outillés, et partie prenante de la démarche de prévention. Un dialogue professionnel structuré, pas seulement des boîtes à idées. Et une politique de maintien en emploi proactive, qui ne se déclenche pas seulement quand le problème est déjà là.
C’est précisément sur ces chantiers que j’interviens avec une méthode structurée et certifiée, un regard terrain, des indicateurs qui permettent de mesurer les résultats dans la durée et la conviction que la prévention sérieuse est toujours moins coûteuse que la réparation.
Sans prétendre transformer votre organisation du jour au lendemain, quelques actions concrètes permettent de s’aligner avec les orientations du PST5 :
✔ Réviser votre DUERP en intégrant réellement les RPS, pas comme une case à cocher, mais comme une analyse des situations de travail réelles.
✔ Engager un dialogue avec vos managers sur la charge de travail, les marges de manœuvre et les injonctions contradictoires.
✔ Évaluer vos pratiques managériales et identifier les zones où le management génère du stress plutôt que de la performance.
✔ Construire une politique QVCT cohérente, mesurable et portée par la direction, pas déléguée aux seuls RH.